mardi 5 mai 2015

Mbanzi (2)

C’est reparti pour une seconde virée à Mbanzi ! Toute une expédition s'organise pour cette nouvelle mission. L’objectif cette fois-ci est de réaliser une étude pilote sur les taux de rencontre avec les traces d’éléphants et bonobos. En d’autres termes: observons-nous beaucoup de crottes, empreintes, nids et autres traces lorsque nous sortons des sentiers battus ?

Au programme donc : 10 jours en forêt pour explorer de nouveaux « transects », c’est-à-dire des pistes linéaires qui suivent un cap préalablement défini.

Notre équipe se compose cette fois-ci de 5 membres. Les mêmes pisteurs qu’auparavant m'accompagnent: Papa Vicky, Papa Deny et Junior, ainsi qu'un jeune équatorien répondant au nom de Lipasa.

Aidée d'un porteur, notre petite escouade se met en route pour s’installer au campement de Matembele, à une dizaine de kilomètres de Mbanzi, au coeur de la forêt.


Alors que nous marchons, Junior me pointe une trace au sol: "Nzoko, mikolo mibale". Des empreintes fraîches d'éléphants! Deux jours seulement que les individus ont foulé le sol où nous marchons! Excités à l'idée de pouvoir rencontrer les pachydermes, nous continuons notre route.

Empreinte d'éléphant
La saison des pluies n’est pas finie : la bâche se révèle être une précieuse amie ! En quelques dizaines de minutes, les pisteurs érigent notre abri de brousse:


Une fois installés, nous débutons le travail. Objectif : tracer 2500 mètres de piste par jour. Nous nous apercevons rapidement que cette estimation est surévaluée. La végétation, complètement fermée, doit être déblayée bien plus que prévu. Traçant à la machette notre chemin, nous avançons successivement en terrain marécageux et forêts de ligneux. S’ajoutent la traversée de multiples cours d’eau ainsi qu’un relief parfois très raide, nous obligeant souvent à dévier notre trajectoire. Boussole et GPS en main, je tente malgré tout de guider au mieux notre équipe afin de tracer des pistes aussi linéaires que possible. 

Forêt de marantacés
Papa Deny apprend à utiliser boussole et GPS
La végétation est parfois trop impénétrable pour avancer
Tout en traçant notre route, nous notons les observations de faune et de présence humaine. De nombreuses pistes de chasseurs côtoient celles du gibier : antilopes, gazelles, phacochères et porc-épics. Nous trouvons plusieurs pièges artisanaux ainsi que de nombreuses douilles de fusil. 

Panier laissé par les pêcheuses
La forêt ne semble pas receler beaucoup de traces fraîches d’éléphants : seules quelques vieilles pistes nous permettent d’affirmer que les pachydermes ont occupé la zone d’étude. Leur arrivée dans la région étant semble-t-il récente, probablement nous faut-il être plus patients. 

Du côté des bonobos, peu de traces également. Suffisamment malgré tout pour confirmer ce que des pièges photos avaient révélé quelques mois auparavant : une petite communauté occupe la zone d’étude. Reste à savoir si ces traces sont suffisamment nombreuses pour estimer la taille de la population.


De façon plus prononcée encore qu’à Mbee, une multitude d’insectes nous assaillent tous les jours. Tels des soldats chargés d’expulser les intrus de la forêt, les fourmis rouges dégradent le matériel, les guêpes attaquent nos provisions, les mouches tsé-tsé boursouflent nos peaux de piqûres, les nzi-nzi (petites mouches) s’insinuent dans nos yeux et nos oreilles. Seule la pluie nous offre un instant de répit. De même qu'à Mbee, les pisteurs font preuve d'une patience inouïe face à ces difficultés.

La vie au camp est paisible mis à part ces quelques tourments. Junior, chargé de cuisiner en notre absence et garder les provisions, nous ravit les papilles quotidiennement. Nos repas alternent entre bananes plantains, fufu, riz, haricots et poissons séchés. Papa Deny, expert en pêche à la ligne, attrape à 2 reprises de beaux (et délicieux!) silures. Papa Vicky quant à lui nous déniche occasionnellement de succulentes plantes sauvages. 

Les "escargots" nécessaires pour appâter le poisson
sont nombreux en forêt
Papa Deny prépare ses lignes au attachant aux hameçons des morceaux d'escargot
Silures pêchés par Papa Deny
Bouillon de poisson à la tomate
Papa Vicky prépare des asperges sauvages
Préparation du fufu par Junior
Sur le chemin du retour je médite sur cette riche expérience. La pénibilité de la tâche m’aura probablement endurcit l’esprit plus que le corps. Le courage des pisteurs, leur persévérance et leur insouciance face à la rudesse du travail m’inspirent un profond respect. Des exemples à suivre donc, pour devenir un vrai guerrier capable d'affronter la forêt! 
Lipasa et Junior
L'ambiance est légère sur le trajet du retour

lundi 4 mai 2015

Mbee (1)

Cap au Sud cette semaine, direction Mbee ! Nous arrivons en ce dimanche 12 Avril pour mon installation au village, où je partagerai cette fois-ci la maison d'une petite famille : Papa Théophile, sa femme et 2 de ses fils : Rodin et Daquin.

Les 4 pisteurs : Kondi, Paul, Chaltin et Evol et le voisinage viennent me souhaiter la bienvenue.

Jeunes voisins de Mbee
Rencontre également avec Mama Pauline qui me montre rapidement ses talents de cuisinière!
Mama Pauline, cuisinière à Mbee
Mama Pauline cuisine des beignets

Au programme cette semaine, de façon similaire à Mbanzi : la découverte du site d’étude, des données récoltées et la cartographie des sentiers pré-existants.

La prospection s’avère beaucoup plus laborieuse qu’à Mbanzi. Les pistes n’étant pas véritablement tracées, nous avançons péniblement à travers la forêt. A chaque pas je trébuche, me cogne, me griffe ou m’écorche à la végétation. Les parasites en tout genre compliquent encore la tâche : mordue par les fourmis rouges, piquée par les guêpes, notre quotidien devient un vrai travail d'endurance pour les nerfs ! Toutefois, comme à Nkala et Mpelu, les pisteurs ne semblent pas connaitre ces difficultés et prennent tout cela avec légèreté.
Chaltin, pisteur au WWF
Evol, pisteur au WWF
Nous sommes récompensés de nos efforts par l’observation de plusieurs nids de bonobos ! Pour la première fois j’admire les petits tas de feuilles confectionnés par nos cousins primates. Disposés entre 10 et 20 mètres de haut en moyenne, ils ne reposent souvent que sur d’étroites branches et me semblent bien fragiles face au poids de tels animaux.

Nid de bonobo
La forêt représente une importante source de nourriture pour les habitants de Mbee. Nous rencontrons à plusieurs reprises des villageois venant s'approvisionner en gibier, poisson et autres ressources.

Pêcheuses dans la forêt de Mbee
Piège à hérisson
Les bonobos tardent cette semaine encore à se montrer en personne. En les attendant je continue de rencontrer d'autres créatures de la forêt.

mardi 21 avril 2015

Mbanzi (1)

En ce jeudi 2 Avril, papa Jean et moi faisons route pour Mbanzi… à moto ! Un moyen de transport très pratique sur ces routes accidentées, si toutefois la pluie ne tombe pas !


Pour commencer je ne resterai que 2 jours sur le site d’étude des éléphants de forêt. Objectifs: rencontrer l’équipe de pisteurs, découvrir la zone d’étude, les données récoltées depuis 2006 et surtout cartographier les pistes grâce à la mise à disposition d’un nouveau GPS.

Je découvre à mon arrivée mon nouveau logis : une ravissante maison récemment rénovée :

Sanitaires: toilettes et douche
Deux pisteurs travaillent à Mbanzi : Papa Deny et Junior. Tous deux prospectent quotidiennement 2 sentiers aux alentours du village à la recherche des traces d’éléphants et autres espèces de mammifère.

Nous commençons par la piste la plus courte, appelée Mabanga, qui sillonne la forêt et les champs à proximité directe de Mbanzi. A peine quelques kilomètres parcourus  et déjà un premier constat : les traces d’éléphants (crottes, empreintes, pistes, frottements sur les arbres) datent tous d’au moins 2-3 mois. Papa Deny m’explique que la présence des pachydermes est saisonnière, car les ressources en nourriture s’épuisent rapidement lorsqu’ils fréquentent la forêt. Ils alternent donc leurs séjours entre 2 régions : ici, et la région Kasaï, au grès de la nourriture disponible. En ce moment donc, les éléphants sont absents et ne reviendront qu’en Juin-Juillet, selon les prévisions de Papa Deny !

La piste que nous suivons finit par rejoindre une route de la SIFORCO qui exploite le bois dans la région. Une vraie saignée au cœur de la forêt fait office de sentier de prospection sur plusieurs kilomètres.

 La route rejoint Mbanzi en passant par plusieurs champs cultivés par abattis- brûlis.

Champ de maïs cultivé par abattis-brûlis
Maison détruite par les éléphants de forêt
Le GPS cartographie le tracé de notre parcours : 8 km de piste en forme de boucle autour du village.


Le lendemain nous partons pour un sentier plus long : Mukulungu, qui doit son nom à un arbre majestueux s’imposant en milieu de piste : 


Pas besoin de gourde pour les pisteurs: les lianes suffisent à se rassasier en eau!


Nous trouvons encore plusieurs vieilles traces d’éléphants. Quelques empreintes également d’antilopes et gazelles, porc-épics et autres mammifères. Nous observons aussi beaucoup de traces de présence humaine : douilles et pièges notamment. La région ne bénéficiant pas d’un quelconque statut de protection, il est autorisé de chasser tout animal ne figurant pas parmi les espèces protégées.

La piste traverse cette fois-ci de façon rectiligne des étendues de savanes et forêt dense. 28 km aller-retour : une bonne trotte comparé à Mabanga !


Savane brûlée le long de Mukulungu
Les 2 pistes où travaillent Papa Deny et Junior sont maintenant cartographiées. Cela éclaire un peu la situation actuelle à Mbanzi. Prochain objectif : explorer d’autres sentiers disponibles le long de Mukulungu: pistes de chasseurs, pêcheurs et pisteurs de la SIFORCO. La végétation étant très dense, ces passages un peu dégarnis sont précieux pour pénétrer un peu plus profondément en forêt. Ils s’avéreront donc utile pour établir le futur site d’étude. 


Mardi 7 Avril. Marmites, tentes, matelas et autre matériel de camping sont prêts : nous pouvons partir ! Au programme cette semaine : la prospection des pistes adjacentes à Mukulungu. Les objectifs sont toujours (1) de « pré-étudier » la zone (quelles espèces sont présentes? quelles traces ? à quelle fréquence les observons-nous?) et (2) de cartographier les pistes disponibles pour la mise en place du futur site d’étude.
Le WWF recrute pour l’occasion un 3e pisteur : Papa Victor, surnommé Papa Vicky. Originaire de la région équatorienne au nord de la RDC, Vicky est spécialisé dans le suivi des bonobos. La pose de piège photographique a permis de révéler la présence d'individus près de Mbanzi. Le WWF souhaiterait donc rechercher les traces de l'espèce (nids notamment) dans cette zone pour en savoir plus sur la population vivant ici. 

Nous commençons par établir un campement en forêt, à partir duquel nous continuons le lendemain notre avancée. 
Camp de base de Matembele
Rivière Bambou, faisant office à la fois de douche,
source en eau potable et lavabo
Au menu: bananes plantains et asperges sauvages
Nous rencontrons toujours les mêmes traces d'éléphants: de vieilles crottes, de nombreuses pistes et empreintes, quelques marques sur les arbres (et même quelques poils d’éléphanteau !). Aucune trace des bonobos cependant!

Crotte d'éléphant sur laquelle repousse la végétation
Cabane de pêcheurs

Nous profitons de notre temps libre pour discuter de tous les sujets possibles avec les pisteurs. Papa Vicky en particulier, visiblement très curieux de découvrir une autre culture, me questionne sur tous les domaines : sport, politique, cuisine, environnement, famille, etc. Nous nous attardons en particulier sur le thème de la religion : je suis la première athée que Papa Vicky rencontre, ce qui semble le fasciner ! J'essaie d'expliquer au mieux la théorie de l'évolution en laquelle je crois, ce qui, à défaut de les convaincre, les fait bien rire! De mon côté j'en apprend également un peu plus sur la culture Congolaise!

Une semaine très enrichissante donc, en compagnie de mes 3 compères pisteurs!

Papa Vicky, Junior et Papa Deny

dimanche 5 avril 2015

La forêt

Ca y est nous y sommes ! Cette semaine nous entrons enfin en forêt pour découvrir les sites où nous travaillerons les 9 prochains mois. Au programme : 1 jour à Mpelu et 1 jour à Nkala, où serons ensuite Emma et Kelly pour l’habituation des Bonobos (voir Présentation). Puis 2 jours pour moi à Mbanzi, la zone d’étude des éléphants.

Nous commençons par Nkala pour notre première entrée en forêt. Début de notre marche à 6h. La piste démarre en savane puis s’enfonce rapidement dans une dense végétation. Le sentier, d’abord bien marqué, s’estompe progressivement. Nous peinons de plus en plus à suivre les pisteurs qui, eux, évoluent aisément dans ce type de milieu. Nous avançons tantôt accroupis, tantôt en équilibre sur une souche d'arbre, nous passons à gué plusieurs cours d'eau, le tout en nous accrochant sans cesse dans cette végétation qui semble nous rejeter. Les pisteurs marchent non-seulement avec une grande facilité mais peuvent de surcroît identifier en même temps les traces des bonobos, invisibles pour nous, novices: une branche pliée, quelques feuilles tassées...  un seul coup d'oeil leur suffit pour savoir par où les animaux sont allés, combien ils étaient et de quand datent les traces. 




Une demi-journée suffit pour commencer! Nous rentrons à Malebo pour nous préparer à la journée de prospection suivante dans la forêt de Mpelu. Celle-ci nous semble plus accessible au début, par sa végétation plus ouverte. Après plusieurs heures de marche cependant la situation redevient similaire à la veille: nous redevenons tantôt randonneurs, tantôt acrobates!



Aucun grosse bête observée pour le moment, mais les petites pointent le bout de leur nez, pour le plus grand plaisir des yeux:


samedi 4 avril 2015

Premiers pas à Malebo

Notre vie au camp de base du WWF commence doucement à se mettre en place. Nous rencontrons régulièrement de nouveaux membres de l’équipe, constituée de 10 à 20 personnes, selon la période de l’année. Homme de ménage, cuisinière, chefs de projet, chef de camp,  étudiants, doctorants, … un beau mélange de Congolais et Mondeles!

Nous prenons petit à petit nos marques dans les locaux et autres lieux de vie du camp: cuisine, bureaux, dortoirs, … et même un tout nouveau potager qui donne déjà quelques fruits et légumes !

Poulailler en construction
Maison du WWF


Nouveau potager d'Alfred: y poussent manioc, ananas,
concombres et bien d'autres fruits et légumes
Avant de débuter véritablement notre travail, plusieurs formalités s’imposent. Tout d’abord nous devons nous présenter aux autorités locales. A l’administration du territoire, basée à Bolobo, dans un premier temps ; puis aux différents « chefs de terres » à qui appartiennent les forêts dans lesquelles nous travaillerons.

Nous commençons donc par Bolobo, situé à 80  km de la base, sur la rive Est du fleuve Congo. La route est longue et bien plus difficile que celle nous reliant à Nioki. Il nous faut donc passer la nuit sur place avant de repartir le lendemain midi après plusieurs formalités et quelques courses.

Les jours suivant nous rencontrons successivement tous les chefs de terre. Plusieurs coutumes sont de rigueur : tout vêtus de rouge et possédant chacun un sceptre, les chefs ne peuvent être touchés directement. Une période de silence, pendant laquelle nous croyions au début attendre quelqu’un, précède les présentations. Assis en cercle,  nous sommes présentées par Jean, le chef de camp, qui explique d’où nous venons, ce que nous ferons ici, et où nous logerons. Il sert aussi de traducteur à Olivia, notre chef de projet, qui nous accompagne pour chaque rencontre. Quelques milliers de francs (soit quelques euros) sont remis aux chefs, sorte de « taxe » pour pouvoir utiliser leurs terres. Chacun d’eux écoute attentivement les explications de Jean, puis nous souhaite la bienvenue.

Les présentations sont faites, nous pouvons maintenant commencer le travail!